New Babylon – “un camp de nomades à l’échelle planétaire”

Les Gitans qui s’arrêtaient pour quelque temps dans la petite ville piémontaise d’Alba avaient pris, depuis de longues années, l’habitude de dresser leur campement sous la toiture qui abrite une fois par semaine, le samedi, le marché à bestiaux. Ils y allumaient leurs feux, ils y accrochaient leurs tentes aux pilliers pour se protéger ou s’isoler, ils y improvisaient des abris à l’aide de caisses et de planches abandonnées par les commerçants. La nécessité de nettoyer la place du marché après chaque passage des Zingari avait conduit la Municipalité à leur en interdire l’accès. Ils se virent assigner, en compensation, un bout de terrain herbeux situé sur une des rives du Tamaro, petite rivière qui traverse la ville : un lopin des plus misérables ! C’est là que je suis allé les voir, en décembre 1956, en companie du peintre Pinot Gallizio, propriétaire de ce terrain raboteux, bourbeux, désolé, qu’il leur avait cédé. De l’espace entre les quelques roulottes, qu’ils avaient fermé par des planches et des bidons d’essence, ils avaient fait un enclos, une “ville de Gitans”.
Ce jour là, je conçus le plan d’un campement permanent pour les Gitans d’Alba et ce projet est à l’origine de la série de maquettes de New Babylon. D’une New Babylon où l’on construit sous une toiture, à l’aide d’éléments mobiles, une demeure commune; une habitation temporaire, constamment remodelée; un camp de nomades à l’échelle planétaire.

– Constant Nieuwenhyus dit Constant (1920-2000), New Babylon (texte à partir de 1960) in Libero Andreotti, Le grand jeu à venir, textes Situationnistes sur la ville (Editions de la Villette, 2007): pp. 223-227; p. 223

La construction variable résulte de l’assemblage d’éléments mobiles (parois, sols, escaliers, gaines, ponts, etc.) faciles à transporter, parce que légers, et qu’on peut tout aussi facilement monter et démonter, donc réutiliser. Tout projet d’assemblage exige la normalisation du module et la standardisation de la production. les dimensions de la macrostructure sont déterminées par le module des éléments standard. Mais il ne s’agit pas, bien entendu, de limiter les combinaisons possibles, ni de simplifier les formes, car on arrive à combiner de multiples façons un grand nombre de types standard et de systèmes d’assemblage.

– Idem p. 227

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